Mon incomparable expérience à la 5e Conférence francophone internationale sur le VIH-sida

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Par Youssef Shoufan
Certains apprennent qu’ils sont séropositifs, moi j’ai appris que j’étais séroconcerné. Être séroconcerné, c’est être (humainement) intéressé par la question du VIH-sida, qu’on soit séropositif (porteur du virus d’immunodéficience humaine) ou non.
En quelques jours à Casablanca, j’ai aussi appris ce qu’aucune université n’aurait pu m’apprendre. C’était en effet la première session de ma vie où je n’étais plus étudiant à temps plein, mais ces quelques jours passés au Maroc dans le cadre de la 5e Conférence francophone internationale sur le VIH-sida m’ont permis non seulement d’en apprendre vraiment beaucoup, mais aussi de faire des rencontres extraordinaires.
Dimanche, le 28 mars 2010, scientifiques, chercheurs, séropositifs, journalistes et beaucoup d’autres personnes commencent à s’installer lors de la journée d’ouverture. Tout au long de cette conférence, il était physiquement impossible de faire le tour des symposiums et ateliers souvent programmés à la même heure, mais voici un bref aperçu de quelques présentations qui m’intéressaient au départ et auxquelles j’ai pu assister.
Discrimination sur le sol africain
« Il y a eu beaucoup d’amélioration depuis 25 ans, mais il y a beaucoup à faire encore » lance Dr. Meskerem Grunitzky-Bekele, directrice régionale de l’ONUSIDA pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Beaucoup à faire, même à l’intérieur de cette division de l’Organisation des Nations Unies : « Il y a du staff d’ONUSIDA qui prenait ses médicaments dans les toilettes pour ne pas être stigmatisé » raconte Helène Badini, conseiller régional de l’ONUSIDA pour l’Afrique de l’Ouest. Madame Badini regrette aussi que souvent, quelqu’un qui a le VIH soit catégorisé et qu’on ne lui reconnaisse plus ses autres talents ou compétences. Et cette question de la stigmatisation reviendra tout au long de la conférence.
Secret emprisonné
Des hommes sont réunis sous un même toit à cause du crime qu’ils ont commis. Et de temps en temps, entre les murs de la prison, ils ont des rapports sexuels entre eux. Dans des prisons d’Afrique de l’Ouest où l’homosexualité est un sujet encore très tabou, le problème de la transmission du VIH est amplifié. Comme les gardiens sont très réticents à parler du sujet, explique Dr. Denis Lacoste qui a travaillé dans une prison d’Abidjan en Côte-d’Ivoire, le fait que les condoms ne soient pas distribués au sein des pénitenciers empêche la protection. On peut aussi penser au partage des lames de rasoir qui contribue à la propagation du virus par la voie sanguine. Aussi, la prostitution entre les hommes où certains d’entre eux acceptent d’avoir des rapports sexuels en échange de nourriture ou d’argent. Autre problème : celui de la confidentialité, où la question de la stigmatisation revient une fois de plus en jeu. Certains prisonniers refusent ainsi de se faire dépister, pour éviter les probables conséquences au sein de la prison et éventuellement à l’extérieur de celle-ci. Le Dr. Lacoste, depuis quelques années déjà, a élaboré un projet de jumelage entre la prison d’Abidjan et celle de Bordeaux en France. Cette liaison entre les deux établissements permet non seulement l’échange du savoir, mais aussi d’un soutien moral et psychologique.
Sexe-Boulot-Dodo
Elles viennent de la campagne et se trouvent un emploi comme femmes de ménage. Elles voient ensuite l’opportunité de faire plus d’argent en travaillant dans un maki (bar) comme serveuses. Et plus d’argent avec les pourboires = plus de dépenses, plus de nouvelles habitudes. Certaines tombent dans la prostitution, et ça devient alors un cercle vicieux. Voici un scénario probable qu’expliquait I. Konate, du Centre Muraz de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Et souvent, ce chercheur a remarqué que les serveuses, comme elles se prostituaient moins souvent que les travailleuses du sexe proprement dites, utilisaient moins souvent le condom. Premièrement parce qu’elles sont moins informées sur les conséquences, et deuxièmement parce que c’est une relation amicale et non de travail qui a abouti au rapport sexuel. Par ailleurs, la répression policière pour les travailleurs et travailleuses du sexe est nuisible parce qu’elle rend l’activité encore plus clandestine.
Micro-société
Pendant les quelques jours de la conférence de Casa, des personnes de plusieurs horizons travaillant dans plusieurs domaines se sont réunies dans la même université pour discuter d’un même sujet, le VIH. Un sujet qui peut paraître lointain pour quelqu’un qui en a seulement entendu parler à la télévision ou à l’école. Mais lorsqu’on baigne dans le milieu et qu’on rencontre des gens qui portent le VIH, notre vision change évidemment. Socialement, scientifiquement, psychologiquement et humainement parlant, ce sujet frappe en effet l’imaginaire. Mais lorsqu’on côtoie, regroupés dans un même lieu, des gens qui œuvrent dans le domaine, qu’ils soient séropositifs ou non, ce qui était loin dans l’esprit devient proche dans le cœur.
Pour conclure ces journées riches en émotions et connaissances, voici trois vidéos.
Premièrement
Un aperçu de la conférence à partir de son début.
Deuxièmement
La cérémonie de clôture vue par un activiste.
Troisièmement
Le regard rétrospectif de Pierre Côté, médecin à la Clinique médicale Quartier Latin à Montréal, vice-président de l’AFRAVIH, l’association organisatrice de la conférence.


