Interview with Laurie Edmiston
By Noor Sherzai
(La traduction écrite de cet enregistrement est sur cette page, plus bas)
Laurie Edmiston
Laurie Edmiston is the executive director of CATIE (Canadian AIDS Treatment Information Exchange) and has been involved since 1987 in HIV/AIDS related activities. CATIE is a Canadian organisation which provides free HIV/AIDS information services and support. This interview was made at the General Meeting and Educational Conference that took place in Toronto on October 6 and 7, 2008.

Laurie Edmiston est directrice générale de CATIE (réseau canadien d’info-traitements sida). Elle travaille dans le domaine du VIH-sida depuis 1987. CATIE est un organisme canadien qui fournit gratuitement du soutien et des services d’information sur le VIH/sida. Cette entrevue a été faite lors de la conférence éducative et de l’assemblée générale de CATIE qui se sont déroulées à Toronto les 6 et 7 octobre 2008.
Noor Sherzai
Noor Sherzai is a doctor and journalist of Afghan origin. He has been concerned for many years with all aspects of HIV/AIDS and has reported on the matter for national Afghan radio network. He fled Afghanistan for personal security reasons and is now living in Canada. Noor Sherzai is a member of Fréquence VIH.

Noor Sherzai est médecin et journaliste d’origine afghane. Depuis longtemps préoccupé par les enjeux du VIH-sida, Noor Sherzai a fait de nombreux reportages sur ces questions pour la radio afghane. Il est maintenant réfugié au Canada pour des raisons de sécurité. Noor Sherzai est membre de Fréquence VIH.
Entrevue de Laurie Edmiston par Noor Sherzai
Noor Sherzai : Avez-vous souvent ce type de conférence et quels en sont les objectifs ?
Laurie Edmiston : Il s’agit de notre conférence éducative annuelle qui est combinée avec notre assemblée générale, elle aussi annuelle. Depuis quelques années, ces deux événements se déroulent à l’automne. L’objectif est d’engager les participants à informer CATIE à propos de ce que nous devons faire, quelles directions CATIE doit prendre, quelles sont leurs priorités et également depuis peu ce que nous appelons maintenant « l’échange du savoir, l’échange des connaissances », une nouvelle expression qui signifie essentiellement « apprendre et échanger ». Ainsi, nous faisons venir différentes personnes qui n’appartiennent pas à CATIE mais qui présentent et partagent leurs « meilleurs pratiques », leur expertise avec les membres de CATIE.
N : À part les réunir que fait CATIE ? L’organisation subventionne-t-elle des groupes de lutte contre le sida ?
L : Non, CATIE ne subventionne pas d’autres organisations, mais comme nous sommes un organisme national nous pouvons aider des individus. Ainsi nombre de personnes qui viennent ici ont eu une bourse. Nous avons payé leur billet d’avion, leur chambre d’hôtel et nous fournissons la plupart des repas. Donc nous offrons un soutien financier pour que les gens puissent se réunir. Mais nous avons également d’autres façons de soutenir le travail des personnes par exemple en révisant certaines vieilles publications telles celle de la Toronto People with AIDS Foundation qui est une bonne publication mais qui avait besoin d’une mise à jour, qui avait besoin également d’être applicable au reste du Canada et d’être traduite en français. Donc pour ce faire nous l’avons subventionnée.
N : Certaines organisations et réseaux de différentes provinces du pays ont mentionné qu’ils faisaient face à de nombreux défis et ils espèrent que CATIE, une organisation clé dans le domaine, pourra les aider. Quelle est votre réponse face à ces suggestions et défis ?
L : Nous voulons aider les organisations à résoudre leurs problèmes. Nous ne pouvons pas les résoudre pour eux, mais nous pouvons réunir des experts de la communauté, des personnes qui ont des besoins ou des problématiques semblables et des personnes qui ont des programmes qui marchent bien. Ainsi, il y a peut-être un programme de la Côte Ouest qui a très bien réussi en termes de prévention pour les travailleurs et travailleuses du sexe et il y a peut-être un groupe au Québec qui a eu la même expérience et peut-être il existe un groupe dans l’Est du pays qui a une nouvelle problématique dans leur région avec des travailleurs et travailleuses du sexe qui ne pratiquent pas le sécurisexe. Et cette communauté clame à grands cris ses besoins et essaye de trouver une solution.
Nous pouvons aider les différents groupes à se réunir et à échanger sur leurs problématiques communes. Et nous pensons que, par l’échange et en incluant la présentation de programmes forts ayant démontré leur réussite, il peut y avoir une résolution de problèmes pour ces participants qui partagent les mêmes questionnements.
N : Et comment voyez-vous la rétroaction de telles conférences ?
L : À chaque session nous demandons aux participants de remplir un formulaire d’évaluation mais nous n’avons pas encore eu la chance de compiler les résultats. Mais nous le ferons très rapidement. Nous demandons également aux participants ce que nous devrions faire l’an prochain et ce que nous devrions accomplir dans notre travail plus généralement. Donc nous espérons obtenir ces informations également. Mais, d’ors et déjà, j’ai eu beaucoup de compliments et les gens semblent apprécier la conférence jusqu’à présent. Il y a peut-être des personnes mécontentes, mais je n’en ai pas encore eu connaissance.
N : Pouvez-vous me dire ce qui vous a convaincu de travailler avec CATIE et quels sont vos sentiments par rapport à ce choix ?
L : J’ai commencé à travailler dans le domaine du sida dans la fin des années quatre-vingt. Je travaillais avec les jeunes de la rue et c’était à l’époque où les gens croyaient que le sida était une maladie des homosexuels. J’ai, durant cette période, perdu des amis gays à cause du VIH et j’ai réalisé que je travaillais avec des jeunes itinérants qui prenaient des drogues, vendaient du sexe et avaient de nombreuses relations sexuelles entre eux sans utiliser de condoms et donc que ces jeunes étaient à risques et que nous devions faire quelque chose pour eux. C’est ainsi que j’ai commencé mon travail dans le VIH : j’ai eu l’expérience personnelle de perdre des amis mais aussi l’expérience professionnelle de voir devant moi les besoins en matière de VIH. Mais c’était très difficile. Nous avions obtenu des condoms gratuits, mais les refuges pour les jeunes les avaient refusés. Ils disaient que les jeunes allaient jouer avec et faire un vrai gâchis avec. Nous leur avons répondu que c’était correct, qu’après avoir joué avec, ils s’arrêteraient et commenceraient à les prendre au sérieux. C’est ainsi que nous avons réalisé que nous avions beaucoup de travail à faire avec les intervenants aussi. C’était une époque très intense, où l’on s’engageait avec passion. Le travail était important et nous avions des jeunes qui mourraient, de nos clients très jeunes qui mourraient.
Je travaille dans le domaine du VIH depuis plus de vingt ans mais ce que je fais maintenant est très différent. Je travaille dans un bureau avec une assistante administrative, un grand conseil d’administration et de nombreux employés donc c’est très différent du travail de rues que je faisais avant. Mais ce que j’aime avec mon travail c’est qu’il se passe toujours avec le monde, que les problèmes sont toujours présents notre société et qu’il y a toujours d’excellents employés qui aident par exemple les jeunes itinérants. Les besoins sont toujours là et ce type de travail est toujours nécessaire. Je travaille juste à un niveau différent.
N : Je n’ai pas d’autres questions, mais si vous avez autres choses à dire à l’auditoire de Fréquence VIH…
L : Je pense que Fréquence VIH fait lui-même du partage des connaissances en offrant des informations à la radio que les gens qui peut-être vivent en milieu rural, qui sont isolés ou qui sont immobilisés à la maison, peuvent entendre. C’est une façon d’offrir de l’information sur la place publique car on ne peut pas tous être présents à cette conférence, par exemple. Nous faisons la même chose dans le domaine de « l’échange du savoir » et donc j’espère que nous allons pouvoir avoir plus de partenariats à l’avenir par exemple pour les jeunes. C’est un groupe qui est parfois difficile à rejoindre parce que souvent ils ne veulent rien savoir des adultes mais tout le monde écoute la radio et c’est une bonne façon de rejoindre les gens. Et puisque vous faites du transfert de connaissances nous voulons travailler avec vous.
N : Merci beaucoup Laurie.
Traduction de cette entrevue : Laurette Lévy


